Déplacer la question du collectif
À l'heure où les technologies humaines affectent les milieux et les équilibres du vivant eux-mêmes, la question de nos modèles et systèmes éducatifs se repose : à quel collectif l'École prépare-t-elle ? Créé en 2024 dans l'équipe Normes et Valeurs (LISEC) mais traversé par d'autres équipes du laboratoire (AP2E, Tech&Co, ATIP) et d'autres laboratoires (CREAT, INTERPSY), avec des participant·es de France et de Belgique, le séminaire Éducation et Anthropocène reprend cette interrogation - déjà travaillée dans le programme franco-allemand KILA - et la porte au-delà de l'humain.
Il l'inscrit dans l'axe anthropocène et micro-attentions du programme de recherche : ce que l'incertitude des transitions fait aux pratiques, aux normes et à l'accès aux savoirs. Penser l'éducation depuis l'anthropocène, ce n'est pas ajouter un thème ; c'est déplacer la frontière du collectif que l'École institue, et y réinscrire les non-humains, le vivant, les objets.
Cette question est inséparable de celle de l'altérité et de l'altérisation : l'Anthropocène se laisse lire comme le produit d'une épistémologie qui a disjoint l'Homme du Monde et le Moi des Autres. Penser l'éducation à son heure, c'est interroger ce que l'École fait de l'autre - humain et non-humain. Autour de ce noyau, le séminaire fédère un champ large : la reliance au monde, les capabilités et les environnements capacitants, l'écoformation et les savoirs autochtones, la Bildung et la pédagogie du cœur, la résilience communautaire, l'accessibilité conjointe et les praxéologies inclusives.
Six lignes de travail
Dégagées collectivement à Colmar, à partir de cinq ateliers, six lignes structurent le travail du séminaire :
- Le rapport au tempsTension entre l'urgence d'agir et le temps long de la transformation.
- La vulnérabilité et les environnements capacitantsRendre capable une personne en situation de vulnérabilité ; la responsabilité partagée.
- La négociation des savoirsReconnaître la multiplicité des savoirs face à la crise ; sa dimension politique.
- La tension entre singularité et collectifL'objet-frontière, les espaces de traduction, les co-constructions.
- Les tracesRecueillies et produites dans les recherches participatives ; l'humain qui « signe le monde ».
- Le réversible, l'incertain et l'irréversibleAdaptabilité, résilience, responsabilité partagée face à l'incertitude.
Ces lignes ont émergé d'un exercice - dire « en quoi je suis beau », au-delà des publications. Sa difficulté même fut un résultat : nos collectifs académiques peinent encore à nommer ce que chacun·e porte en propre.
Séance n°7 · Colmar · 12 février 2026
Les dimensions du travail
Le séminaire interroge la place des savoirs dans les lieux d'éducation à travers trois dimensions :
Depuis juin 2026 s'y ajoutent le rapport à l'IA (le non-humain technologique), le rapport à l'animal (la médiation animale) et les pratiques artistiques (musique, piano, fresque du climat). La cartographie par IA sert d'outil, en traitement local.
Matinée prolongée - 10 juin 2026
Une séance où ces dimensions s'incarnent : la cartographie par IA (humain / non-humain), la musique (l'artistique) et la médiation animale (humain / animal) mises à l'épreuve du corps, des objets et du vivant.
- Cartographie du groupe IA (Master 2) Retour d'un groupe d'étudiants ayant mené des entretiens avec les chercheurs du séminaire : une première cartographie des thématiques abordées, suivie d'un échange sur les rapports entre humains et non-humains et sur l'accès aux savoirs.
- Musique, corps et éducation Avec Melynda (violoncelliste et étudiante) et Maël Loquais (guitariste et chercheur) : ce que le corps, les instruments et les objets disent des processus de compréhension, d'apprentissage et d'appropriation des savoirs.
- Chiens et humains, à l'université et à l'école Ce que la relation à l'animal dit de nos manières de construire les collectifs, de reconnaître les singularités et de nous situer dans les savoirs.
Former à l'incertitude
Il ne s'agit pas d'une éducation à la sobriété, mais d'une éducation dans un monde transformé par l'anthropocène. Un monde de problèmes pernicieux (wicked problems) - complexes, jamais complètement résolus, où chaque solution en appelle d'autres. Il invite, avec Edgar Morin, à sortir d'un « somnambulisme généralisé » et à former à l'analyse des situations complexes.
L'enjeu : que les savoirs transmis ne soient pas des savoirs morts, mais des savoirs mobilisables pour affronter l'incertitude - là où les champs professionnels se transforment, où les lieux pour apprendre se multiplient, où les compétences de vie deviennent décisives. En résonance avec la Revue internationale d'éducation de Sèvres (n° 100, Réinventer l'école face à un monde incertain).
Vers le colloque 2027
Le séminaire prépare un colloque international en 2027. Il prolonge le travail des équipes et laboratoires engagés et contribue à répondre aux défis posés par les grandes transitions, en articulant altérité, micro-violences, incertitude et transitions éducatives.
L'équipe du séminaire
Un collectif inter-équipes et inter-laboratoires, de France et de Belgique, où le poids des émérites, des doctorant·es, des post-doctorant·es et des étudiant·es est déterminant - « doctorants, docteurs post-thèse, statutaires et émérites ».
Saïd Ait Hammou Taleb · Fenel Bourdeau · Emmanuel Burguete · Jean-Christophe Olive · Loïc Chalmel · Jean-Marie De Ketele · Julien Delord · Juan Lorenzo Diez · Daniel Fischer · Régis Forgione · Elisa Frassetto · Nathalie Gettliffe · Manon Grandvall · Josiane Grou · Mélanie Gualandi · Virginie Haegelin · Anne Hermann · Isabelle Houot · Cécile Lamy · Clody Lecot · Maël Loquais · Claude-Alexandre Magot · Holly Mani · Elodie Marques · Manuella Ngnafeu · Jonathan Niyongabo · André Pachod · Jean-Michel Perez · Aurore Promonet-Thérèse · Tiago Ribeiro-Santos · Fabienne Rondelli · Florence Soriano-Gafiuk · Géraldine Suau · Emmanuel Triby · Luc Verbesselt
Séminaire La page du séminaire sur le site du LISEC