Jean-Michel Perez, 09-2026
Assude, T., Perez, J.-M., Tambone, J. et Vérillon, A. (2011). Apprentissage du nombre et élèves à besoins éducatifs particuliers. Éducation & Didactique, 5(2), 65-84.
Assude, T., Perez, J.-M. et Tambone, J. (2012). Adaptation des gestes professionnels : questionnement à partir des mathématiques enseignées. La nouvelle revue de l'adaptation et de la scolarisation, 57, 131-138.
Léa a été empêchée. Ses questions, sa sincérité, sa place dans la classe... Ses professeurs « ne lui demandèrent plus rien du tout » (Gunzig, 2026, p. 54).
Un enseignant peut aussi empêcher. Et ouvrir, par ce geste même, l'accès au savoir.
La situation « Voitures et garages », conçue par Brousseau au COREM, a été reprise dans nos travaux sur l'apprentissage du nombre en CLIS (Assude et al., 2011). L'élève doit produire une collection de voitures qui compte autant d'éléments que la collection de garages.
1Garages et voitures sont proches. La correspondance terme à terme suffit.
2Les deux collections sont éloignées. Il faut compter les garages, garder le nombre en mémoire, aller chercher les voitures.
3L'éloignement est dans le temps. Il faut une trace du nombre.
L'éloignement empêche la correspondance terme à terme. C'est lui qui rend le nombre nécessaire, comme mémoire de la quantité.
En empêchant les élèves d'utiliser cette technique, l'enseignante pose un problème aux élèves dont la résolution permettra non seulement d'acquérir les éléments de savoir visés mais aussi de mettre en œuvre des techniques pour dénombrer les éléments d'une collection donnée. (Assude et al., 2011)
La dévolution est là : « faire en sorte que l'élève prenne la responsabilité de jouer à la première personne » (Assude, Perez et Tambone, 2012, p. 135).
Le critère tient en quelques mots : l'enjeu de savoir. Simplifier pour aider peut faire jouer un autre jeu.
[...] les gestes de simplification des consignes ne sont pas en soi une aide pour les élèves car ils peuvent amener à jouer un autre jeu que celui qui était prévu. (Assude, Perez et Tambone, 2012, p. 137)
Deux gestes, un même verbe.
Empêcher une technique : le problème est donné à l'élève, le savoir devient nécessaire.
Empêcher une élève de questionner : on ne lui demande plus rien.
C'est cette différence que les institutions doivent apprendre à distinguer...