Espace privé · Colloque Traces et signatures

Traces pascaliennes du pour-soi-vers-autrui en éducation

du Mémorial cousu dans le pourpoint, à l'orchidée dans la cuisine
Jean-Michel Perez · LISEC, Université de Lorraine
Université de Bordeaux · 22-23 octobre 2026 · 2e édition du réseau Traces · Axe 4, de l'école à l'Université · communication acceptée

L'homme à l'initiative des chariots de feu de Paris, de l'assèchement des marais poitevins, de la machine à calculer, du calcul des probabilités — coud et recoud dans la doublure de ses pourpoints le souvenir d'un instant dont la raison ne peut rendre compte. Quel est le sens de ces traces dont le porteur lui-même peine à garder trace ? Aucun mot n'est de lui — tous viennent des Écritures. C'est la parole la plus personnelle qui soit, et pourtant elle appartient à d'autres. Ce geste fonde ce que nous appelons le « pour-soi-vers-autrui ».

Prendre en soi ce qui est extérieur à soi, et le communiquer à autrui.

Ce processus traverse notre travail depuis vingt ans. Dans la thèse (Perez, 2007), il prend la forme de l'a-synthèse : un moment fugace, pré-rationnel, où la compréhension survient avant que la raison ne puisse jamais totalement l'expliquer — « l'homme perdu entre deux infinis » — qui fait l'expérience de l'incompréhensible. Cette intuition — ce que Bergson nomme la durée et Jankélévitch le « presque-rien » — n'est pas un savoir. C'est une trace que la raison ne peut que refigurer (Ricœur, 2005) sans jamais vraiment pouvoir la reproduire. Dans l'HDR (Perez, 2018), il devient le « chercheur-apprenant dans la pratique du travail en groupe » : celui qui, en position d'autorité, suspend son jugement pour permettre à l'autre d'espérer advenir ; et ce dans des institutions qui peuvent favoriser ce projet — ou faire obstacle. Dans nos travaux actuels sur les micro-violences éducatives, il s'incarne dans la figure de celui qui, dans les structures de pouvoir, reconnaît la micro-attention comme trace d'une rencontre que l'institution ne programme pas et qui devra pourtant gagner à l'être. Le « je », le « nous » s'incarne dans, par et à travers l'institution. Il est l'institution.

La trace pascalienne n'est pas un héritage philosophique. C'est un opérateur, un mécanisme. Elle dit que la connaissance la plus décisive, ce qui fait choix, ne vient pas de la raison mais d'un instant — et que cet instant ne vaut que s'il se transforme en quelque chose pour autrui, et qui reste comme témoignage aux autres. Du Mémorial aux Pensées, du griffonnage secret au texte public, le mouvement est le même : une vérité fugace qui se donne une forme transmissible et qui pose sa trace dans la norme : « il n'y a de connaissance que parce qu'il y a changement dans l'institution » (Freire, 1974). C'est ce mouvement illustré par une bibliothécaire quand elle réserve une place à une étudiante sans justificatif et que ce geste, partagé et relié à une communauté pluri-catégorielle, un an plus tard, produit un réseau de vigilance dans vingt-six bibliothèques d'une grande université française, assorti de la production d'objets utiles à tous et dans l'effacement, paradoxalement, de l'institution.

Références

Bergson, H. (1889). Essai sur les données immédiates de la conscience. Paris : Alcan.

Freire, P. (1974). Pédagogie des opprimés. Paris : Maspero.

Jankélévitch, V. (1980). Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien. Paris : Seuil.

Pascal, B. (1670). Pensées. Édition de Port-Royal.

Perez, J.-M. (2007). Approche comparative de l'enseignement de la note de synthèse à l'Université : mise au jour d'un point aveugle didactique. Thèse de doctorat, Université de Provence.

Perez, J.-M. (2018). Éducation et pratiques inclusives : la pratique du travail en groupe et le chercheur apprenant. Habilitation à diriger des recherches, Université de Lorraine.

Ricœur, P. (1985). Temps et récit. Tome III : Le temps raconté. Paris : Seuil.

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Résumé de la communication acceptée au colloque Traces et signatures (Université de Bordeaux, 22-23 octobre 2026). Page à diffusion restreinte.